La Sunbeam-Lotus illustre parfaitement le mariage heureux de plusieurs constructeurs (©Morelli.Bertier).

La saga Chrysler depuis l’époque SIMCA-Chrysler jusqu’à la fusion PSA-Chrysler-FIAT

L’évolution industrielle et commerciale d’un constructeur automobile n’est pas toujours un fleuve tranquille. Ainsi va la vie mais celle de Chrysler, bercée entre mariages, divorces et abandons, confirme encore un peu plus l’adage populaire.

©Michel Morelli

En 1925, Walter Chrysler créait la Chrysler Corporation. En 1928, celui-ci fusionnait sa société avec celle des frères Dodge, d’éminents motoristes qui avaient fait fortune avec…Henry Ford.

En 1936 la Société Industrielle de Mécanique et Carrosserie récupérait les anciens locaux délaissés par Donnet-Zedel à Nanterre, constructeur disparu deux ans plus tôt. Renommée SIMCA par ses seules initiales, cette société débuta par l’assemblage et la commercialisation des FIAT Topolino, rebaptisées Simca 5. Bombardée durant la guerre, l’usine SIMCA fut reconstruite à neuf en 1946 afin de lancer la production de berlines et cabriolets. En 1952, la filiale Ford-France présentait la Vedette, une berline luxueuse motorisée par un V.8, construite dans la nouvelle usine de Poissy, prélude à une prochaine fusion SIMCA-Ford en 1955 marquée par la présentation des Versailles, Marly et Régence commercialisées sous la marque Vedette et dès 1956 sous la marque SIMCA bien qu’il s’agisse d’un projet Ford adapté à l’Europe contrairement à l’Aronde, un produit 100% SIMCA, présentée simultanément.

Les Plymouth Hemicuda disputaient le Championnat de France de la Montagne pilotées par Marie Laurent, Gérard Sarrazin et Henri Chemin (©Morelli.Bertier).

Les Chrysler Avenger ont disputé le Championnat de France Production pilotées par Bernard Fiorentino et Jean-Pierre Beltoise (©Morelli.Bertier).

Chrysler, Rootes, SIMCA, CG, Matra, Sunbeam, etc

En 1964, Chrysler est devenu le troisième constructeur américain avec des marques telles que Plymouth qui produisait alors les Barracuda et les Hemicuda mais également Desoto, Dodge Dart et Imperial. Mais la direction de Chrysler Corporation se met à caresser des projets d’expansion mondiale. Après un sérieux revers au Brésil, décision est prise de diversifier la production vers l’Europe à la manière de la General-Motors avec Opel. Parmi plusieurs hypothèses, le rachat de SIMCA, jusqu’alors détenu par Ford (ex-Matford à Poissy), est envisagé avec une prise de participation progressive à partir de 1965. En attendant, SIMCA commercialisait dès 1961 les berlines 1300, 1500 et surtout la SIMCA 1000 disponible en berline et coupé Bertone, dotée d’un moteur en porte à faux arrière. L’année 1970 est particulièrement décisive pour le développement de Chrysler. En effet, le 30 juin 1970 est officialisé le rachat de SIMCA par la nouvelle société Chrysler-France, créée pour la circonstance. Il s’agit d’une filiale de Chrysler-Europe qui regroupe également les filiales anglaise et espagnole. Chrysler-Europe et Chrysler Corporation (USA) s’accordent pour produire des futures automobiles en commun sous les marques Dodge et Plymouth. Toujours en 1970 Chrysler Corporation (USA) rachète le groupe Rootes créé par les deux frères William et Reginald Rootes en 1923 et qui comprenait parmi de nombreuses marques, Hillman, Humber, Singer, Talbot et…Sunbeam. L’année suivante, c'est-à-dire en 1971, le nom de Rootes disparaissait définitivement. Pour Simca, l’arrivée du constructeur américain va booster le service compétition, jusqu’alors confidentiel. Ainsi, grâce à Henri Chemin, le nouveau responsable de ce département, lui-même transfuge de Ford-France, la compétition va connaître une période glorieuse en rallyes avec les prototypes SIMCA-CG-MC conçus pour partie chez Matra, sans oublier la Coupe Simca-Shell et les coupés Hemicuda en circuits et en courses de côte. Au volant des différents coupés et spiders CG-MC, Bernard Fiorentino et Michel Saliba ont accumulé les victoires entre 1971 et 1973, partout où la participation des prototypes était autorisée par le règlement sportif.

Image rarissime d'une Simca 1501 devant une Lola T.280 à Nogaro (©Morelli.Bertier).

En 1979, les Sunbeam-Lotus étaient engagées par le Chrysler-Competition-Centre. Ici Tony Pond au Rallye des 1000 Pistes de Canjuers (©Morelli.Bertier).

Famille recomposée

En 1972, Matra Automobiles disparaît au profit de la marque Matra-Simca. Contrairement à la Matra 530 qui est une production 100% Matra (à moteur Ford V4) et des Matra Djet, les Rancho et Bagheera sont des Matra-Simca. En 1976, Citroën, jusqu’alors détenu par Michelin, passe officiellement dans le giron de Peugeot. Deux ans plus tard, c'est-à-dire en 1978, Peugeot rachète les filiales européennes de Chrysler (France, Espagne et Angleterre) en faillite. En novembre 1977, simultanément Chrysler Corporation (USA) et PSA commercialisent un produit commun, l’Horizon, construite à la fois en France, à l’usine de Poissy, et aux USA, dans l’Illinois. Cette berline est entrée dans l’histoire comme la première voiture française commercialisée aux USA sous la marque Plymouth. La version US était motorisée par un quatre cylindres 2,2.l Chrysler relié à une transmission automatique. Pour Chrysler il s’agissait de proposer en urgence à la clientèle américaine, des automobiles plus petites et plus légères, moins voraces en carburant, mieux adaptées à l’augmentation des prix du pétrole brut. En 1979, les marques Chrysler et SIMCA sont progressivement remplacées par Talbot et en 1980, Peugeot devient PSA. Difficile sur le plan économique avec une situation mondiale dégradée, cette période sera malgré tout marquée par la production d’étonnants cocktails, notamment la Sunbeam-Lotus Championne du Monde des Rallyes, développée en Angleterre par le Chrysler Competition Center dirigé par Des O’Dell. Cette victoire servait de catalyseur pour l’entrée en compétition de Peugeot avec sa diabolique 205 Turbo 16. Comble d’ironie, le service compétition Peugeot était situé Rue Paul Bert à Boulogne-Billancourt dans les anciens ateliers SIMCA-Chrysler. De son côté, Des O’Dell avait construit un prototype à moteur central sur la base d’une Chrysler Horizon mais le projet n’ira pas au-delà.

Les Simca-CG-MC étaient engagées par l'écurie Chrysler-France dont le sticker figure sur la portière (©Morelli.Bertier).

Dès 1980 les SIMCA Horizon devenaient des Chrysler Horizon...avec le sticker Talbot (©Morelli.Bertier).

Ferrari ne figurait pas dans la corbeille de la mariée

En 1992, Chrysler Corporation (USA), alors propriétaire de la marque Lamborghini, commercialisait la Dodge Viper qui reprenait le principe qui avait fait la célébrité de la Shelby Cobra. C'est-à-dire un moteur surpuissant dans un environnement réduit au strict nécessaire. Au total, la Viper sera vendue sous cinq versions différentes jusqu’en 2017. La Viper était motorisée par un V.10 tout alu, mis au point par Lamborghini. En Europe, c’est la société Oreca qui était missionnée pour préparer et engager les Viper officielles en compétition. En 2001, Chrysler et Daimler fusionnaient jusqu’en 2007. Chrysler amenait en même temps les marques Dodge et Jeep mais Daimler se désintéressait de Chrysler à partir de 2014. Après les Viper, Oreca poursuivait son partenariat avec Chrysler en construisant des prototypes LMP1 propulsés par des moteurs Mopar V8 avec une 4e place obtenue lors des 24 Heures du Mans 2001 (Wendlinger, Beretta, Lamy) derrière deux Audi et une Bentley. En 2007 Chrysler Corporation (USA) en faillite est racheté par un fond d’investissements qui revend la société à FIAT en 2009. La fusion FIAT et Chrysler est finalisée en 2014. De son côté, PSA rachetait Opel et Vauxhall à la GM trop contente de se débarrasser de ses deux canards boiteux. En 2015, les actionnaires de Ferrari spa, jusqu’alors rattachés au groupe FCA (FIAT et Chrysler), propriétaires de 90% des actions Ferrari (les 10% restants étant détenus par Piero-Lardi Ferrari), créaient une nouvelle société par actions domiciliée en Hollande mais cotée à la bourse de Milan. Ce tour de passe-passe permettait à Ferrari de retrouver son indépendance et sa liberté d’action, en particulier l’augmentation de la production. En 2021, les conseils de surveillance de PSA et de FCA autorisaient la fusion entre PSA et FCA (FIAT Chrysler) qui deviendra prochainement le quatrième constructeur mondial d’automobiles et d’utilitaires légers en regroupant des marques telles que FIAT, Lancia, Abarth, Opel, Vauxhall, Citroën, Alfa Romeo, Peugeot, etc…Alors à ce stade des regroupements industriels, et sans en anticiper de futurs, il faut se rendre à l’évidence : dans les années 80 tous ces constructeurs étaient concurrents et engageaient des équipes officielles en compétition, ce qui serait totalement inenvisageable aujourd’hui.

Les Chrysler Viper étaient engagées et préparées par Oreca (©Morelli.Bertier)

Grâce à Oreca, Chrysler a franchi le pas de la catégorie LMP1 avec une remarquable 4e place aux 24 Heures du Mans 2001 (©Morelli.Bertier).